juillet 6, 2020 Mali JHR

LES DEFIS DE L’INSERTION SOCIOPROFESSIONNELLE DES PERSONNES HANDICAPEES AU MALI

 

Selon un rapport de l’OMS et de la banque mondiale, au moins 15 % de la population malienne présente un handicap physique. Ce document produit en 2016 révèle que ces personnes handicapées vivent dans des conditions difficiles. Les défenseurs des droits de l’homme, de leur côté, estiment que l’application des mesures prises pour favoriser l’insertion socioprofessionnelle de ce groupe vulnérable reste un défi dans le pays.

La situation sociale des handicapées ne laisse nullement indifférent au Mali. Les personnes vivant ce fléau ne manquent pas d’occasion pour alerter l’opinion publique nationale. « Beaucoup d’entre nous finissent les études et font une dizaine d’années sans jamais décrocher d’emploi », déclare Bouréma Kouyaté, une personne dépourvue de jambes. « Pour accéder à la fonction publique, il faut avoir de l’argent ou des relations », clame-t-il, sidéré. Avant de poursuivre : « Je souhaite que les plus hautes autorités s’impliquent davantage pour soulager notre souffrance, en matière d’insertion socio-économique professionnelle ». « Je donne l’exemple de la République du Congo Brazzaville, où les personnes handicapées ont été soutenues par les plus hautes autorités, en leur accordant des subventions pour la vente en détail du carburant. Je souhaiterai que notre pays s’inspire de cette expérience », a suggéré M. Kouyaté, sollicitant par ailleurs que les autorités maliennes construisent des voix d’accès aux personnes handicapées dans les lieux et services publiques. « Car, ils n’en existent quasiment pas dans la majorité des endroits », explique-t-il.

Amadou Diarra, Président de Handisport et membre du bureau exécutif de la Fédération Malienne des Associations de Personnes Handicapées (FEMAPH), a indiqué qu’en 1997 le gouvernement avait fait des problèmes des handicapées un cause national. Pendant que l’actuel président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, était premier ministre les personnes handicapées jouissaient d’un quota dans le recrutement dans la fonction publique. « La seule chose à laquelle le Mali peut se glorifier de la condition de vie des handicapés est ce recrutement des personnes handicapées dans la fonction publique », clame le président d’Handisport. M. Diarra a fait savoir que le Mali a été pionnier en Afrique de l’ouest en signant, depuis 2008, la convention relative à la protection des Droits des personnes handicapés. Cependant, le pays traine en matière d’application de cette convention. Selon Amadou Diarra, les associations de défense des Droits de l’Homme et celles de personnes handicapées doivent se donner les mains pour défendre les droits de ces personnes.

« Depuis les années 1990, la convention 159 du Bureau International du Travail (BIT) a été ratifiée par les autorités du pays et servait comme le seul document outil de protection de l’insertion socio-professionnelle des personnes handicapées », a martelé Drissa Diarra, Secrétaire chargé de l’emploie à l’Union Malienne des Aveugles (UMAV). « Le combat de personnes handicapées est aujourd’hui de se faire recruter dans la fonction publique sans passer par le concours », explique Drissa DIARRA. Car, assure-t-il, il y a plusieurs aspects liés aux difficultés de leur éducation. Selon lui, les défis pour faciliter l’insertion socioprofessionnelle sont nombreux. Il y a lieu d’adopter une politique nationale sur l’emploi des personnes handicapées ; rendre accessible les lieux de formation, instruire aux entreprises privées de prendre un quota des personnes handicapées ; créer un centre de formation professionnelles spécialisé dans la formation des personnes handicapées. « La promotion des personnes vivant avec le handicap doit être une question prioritaire », a souligné Drissa Diarra.

Ichiaka CAMARA, enseignant à l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako (ULSHB), a souligné que le mot « handicap » n’est pas bien définit au Mali. Ce chercheur sur l’insertion socioprofessionnelle des handicapés au Mali estime qu’avant d’aborder le problème d’emploi des personnes handicapées, il faut d’abord cerner la question des difficultés que ces personnes endurent dans le cadre de leur cursus scolaire. « La majorité de ces personnes n’arrivent pas à terminer leurs études, comme leurs autres camarades de classe », analyse ce sociologue. Selon lui, le gouvernement a pris plusieurs promesses allant dans le sens de leur insertion socio-professionnelle. Cependant, ces promesses n’ont pas été suivies d’actes concrets. Au point qu’aujourd’hui les multiples attentes des personnes handicapées restent non combler ». 

« Le statut particulier est l’alternative que le gouvernement doit d’élaborer sur l’insertion socio-professionnelle des personnes handicapées. Car, elles sont confrontées à plusieurs difficultés au cours l’apprentissage. Les défis à relever pour faciliter l’insertion socio-professionnelle des personnes handicapées sont, entre autres, après la création d’un statut particulier, donner une égalité de chance dans leur parcours scolaire avec ses pairs non handicapé », a souligné M. Camara.

« Cet article est publié avec le soutien de JDH – « Journalistes pour les Droits Humains » et du Fonds des Nations pour la Démocratie (FNUD/UNDEF) ».

Mody Gandega

 

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